Alors que l’Ouest laissait tourner d’une façon chronique 2001 de Dr. Dre quatre ans après sa sortie, alors que l’Est s’était trouvé son nouveau héros via Jay-Z, le Centre – en cette année 2003 – ne chômait pas non plus. Eminem rafle un Grammy Award pour son Eminem Show et se permet une psychanalyse sur grand écran dans 8 Miles diffusé l’année suivante, Lil Jon et ses East Side Boyz sortent Get Low popularisant crunk, chaines en or et ressortant du grenier les Roland 808 et autre 909.
Le duo Big Boi et Andre 3000 (comprenez OutKast) d’Atlanta se fait remarquer aussi en sortant un double album comprenant les travaux de chacun sur un disque séparé (Speakerboxx pour Big Boi et The Love Below pour Andre 3000). Chose jamais vue dans le rap auparavant ce qui attire l’attention et laissant courir certaines rumeur de séparation s’avérant fausses par la suite.
La complémentarité entre les deux parties du groupe ne s’était d’ailleurs jamais autant faite sentir jusqu’à ce disque mettant en exergue les deux faces et deux inspirations artistiques réunies sous la même bannière d’OutKast sur les précédents opus.
Le côté « électronique » de Big Boi contraste avec le funk et autres expérimentations de son collègue Andre. La différence des voix est aussi importante ; Speakerboxx est assailli par le flow de son interprète alors que The Love Below diffuse une voix beaucoup plus chantée. Ce qui faisait la complémentarité d’OutKast sur un tube comme Ms. Jackson (des couplets rappés et un refrain chanté) est maintenant séparé. The Love Below montre ensuite le côté plus expérimental de la formation (peut être bridé par la configuration « duo ») s’ouvrant à d’autres genres et permettant à des artistes comme Norah Jones ou Kelis de venir s’exprimer. Enfin, le talent de composition de Andre 3000 est magnifiquement illustré par le tube Hey Ya ! diffusé deux semaines avant la sortie du disque
Stephen Thomas Erlewine du site Allmusic ira même jusqu’à une comparaison avec les Beatles imaginant un White Album où les chansons écrites par Lennon seraient séparées de celles d’Harrison exposant les différences mais aussi la complémentarité des deux pôles de création.
Au delà de ces considérations, ce projet riche et ambitieux nous montre aussi les différents aspects de la musique rap entre ses origines jazz (Love Hater et My Favourite Things comprenant un sample de John Coltrane), son étroite relation avec le funk (Bowtie), ses débuts électroniques (le beat de GhettoMusick semble avoir été composé par Afrika Bambaataa période Looking For The Perfect Beat) et enfin son futur plus dur par la percée du crunk (Last Call).
Le Centre – représenté par ces deux artistes – n’a jamais aussi bien porté son nom réussissant en un peu plus de deux heures à rassembler (presque) tous les éléments, passés et futurs, faisant la richesse du rap dans un album visionnaire.



